Tagged monétisation

twitter 2013 merkapt
twitter 2013 merkapt

Comment Twitter innove son business model

Depuis son lancement en 2006, Twitter est un outil social difficile à expliquer au néophyte. Et si vous ne l’avez jamais utilisé, observez-moi avec attention ne même pas essayer de le faire. Ceci étant Twitter est un vrai succès dans l’univers brutal du web 2.0. Avec plus de 140 millions d’utilisateurs et 340 millions de tweets quotidiens, Twitter a grignoté une place confortable dans l’ombre de Facebook, rendant des services insoupçonnables à son lancement.

Si je cherche à analyser sa valeur ajoutée en ce qui me concerne, Twitter est devenu un outil central dans la résolution de quatre problèmes :

  • Faire de la veille sur des sujets pointus sans avoir à monter une usine à gaz ;
  • Contacter des personnes intéressantes rapidement et sans être envahissant ;
  • Interagir à distance de façon rapide et légère (moins intrusif que le mobile ou le SMS, moins lourd que le mail) et mettons-le dans ce panier, suivre à distance des évènements ;
  • Et finalement, suivre la propagation d’une nouvelle information avant que tout autre média l’ai encore captée.

Sur ce dernier point, la recherche s’empare d’ailleurs maintenant de Twitter pour faire du suivi épidémiologique :

twitter épidémiologie merkapt

La montée en puissance rapide de twitter s’est faite jusqu’à présent par une politique d’ouverture remarquable. Le site social était finalement une super API (une brique logicielle servant à interfacer des programmes entre eux) utilisée par de nombreux développeurs pour proposer leur version personnelle de Twitter. A tel point que le site web de Twitter a toujours été considéré comme une démo, plus l’endroit où réellement utiliser le site social. Tweetie de la société atebits aura probablement été l’un des plus marquants, racheté depuis par Twitter et ayant inventé au préalable le maintenant célèbre « pull to refresh » :

UX pull to refresh merkapt

Bien qu’annoncé depuis déjà assez longtemps, depuis quelques mois Twitter opère maintenant une reprise en main très marquée. Sans être technique le site a commencé à établir des limites très fortes au nombre d’utilisateurs que pourront gérer des clients tierce-partie, ou le volume et la fréquence des flux de tweets qu’ils pourront gérer. Une façon claire de stopper dans son élan les développeurs externes qui ont permis de bâtir une masse critique d’utilisateurs enthousiastes et de refaire venir ces utilisateurs vers le site web et l’application mobile officielle.

Très honnêtement cela ne me scandalise guère. Il serait assez naïf de penser qu’une entreprise comme Twitter soit pilotée comme Médecin Sans Frontière. On sait donc à quoi on s’engage en chevauchant un tigre. En étant un utilisateur je peux même me réjouir de l’effort que doit finalement maintenant l’équipe de développeurs internes de Twitter pour se mettre à niveau et proposer de nouvelles fonctionnalités cruellement manquantes jusqu’à présent. Et le fait de se remettre au centre de la discussion avec les utilisateurs est le meilleur moyen de le faire (au lieu d’utilisateurs je devrais parler de « clients non-payants », mais ce sera l’objet d’un autre article) .

Nous avons ainsi maintenant une très efficace et belle fonction d’intégration des tweets dans un site web, qui peut présager d’évolutions vers un site de plus en plus social :

Mais surtout des ballons d’essais très significatifs sur ce que pourrait devenir Twitter s’il se mettait à devenir une plate-forme de visualisation de l’information mondiale :

Twitter US political engagement map 2012 merkapt

 

Et bien entendu, le livrable final dans ce cas de figure est un indice de popularité instantané :

twitter us political index merkapt

Dès lors que Twitter recapte maintenant tous les utilisateurs directement dans son écosystème, il va être intéressant de suivre quelle direction ils vont finalement privilégier :

(1) Un site social cherchant à concurrencer Facebook sur son propre terrain : la vie de tous les jours et les échanges du quotidien pour le grand public avec plus de photos, plus de façons simples de regrouper ses amis et peut-être bientôt des cercles à la Google+ ?

(2) Ou, et c’est différent, un site de diffusion et d’analyse de l’information mondiale orienté vers la data-mining et la visualisation des données, pour concurrencer la recherche de Google qui pointe de façon « neutre » (il y aurait évidemment beaucoup à dire) vers des résultats, en proposant au contraire une interprétation de notre monde ?

Dans les deux cas Twitter semble avoir une place à prendre. Mais les modèles économiques seraient probablement très différents.

L’option (1) est celle d’un Twitter hyper-social étendant son emprise vers le grand public (le B2C) et attaquant certes facebook mais aussi pourquoi pas, le SMS ou même le courrier électronique. Dans ce cas il est certain que nous voyions fleurir de plus en plus de liens sponsorisés, de services dédiés aux marques, de propositions de remises sur des opérations commerciales, etc :

twitter promoted tweets merkapt

L’option (2) serait plutôt de celle d’un Twitter nouveau média, capable de donner avant tout le monde une vision du monde et de la société dans toutes ses dimensions : sociale, économique, commerciale, politique, artistique, etc. Sans enlever la possibilité de monétiser des liens sponsorisés, l’étendu d’un tel service permettrait alors d’aller concurrencer avec énormément de pertinence Reuters, les instituts de sondage, mais aussi IBM, Gartner, et autres cabinets de conseil. L’approche vers les entreprises (B2B) serait certainement très rémunératrice.

Cette courte discussion sur l’avenir de Twitter pointe bien notre vision de l’innovation au  travers du business model et la façon dont son approche ne doit pas concerner la dimension technologique de façon très privilégiée. L’avenir de Twitter se pilote en organisant son écosystème, sa stratégie de monétisation, mais surtout sur une vision de sa valeur ajoutée qui décidera au final de son orientation finale.

Bien entendu si tout cela en tant que client non-payant de Twitter vous cause quelque gêne que ce soit, vous pouvez toujours vous tourner vers App.net qui reprend à son compte ce que beaucoup attendaient de Twitter :  un service de micro-blogging ouvert et neutre pour les professionnels de la technologie (non, je n’ai pas dit geeks). Les engagements de App.net sont en tout cas clairs : « Nous vendons notre produit, PAS nos utilisateurs » et « Vous êtes propriétaires de votre contenu ».

Mais si nous parlons de valeur ajoutée, êtes-vous prêts à payer ne serait-ce que 36$ par an pour gagner cette bataille dans guerre de la neutralité d’internet ?

 

Eric Besson au Camping à Paris
Eric Besson au Camping à Paris

C’est l’été, c’est Le Camping

Je suis intervenu aujourd’hui au Camping à Paris, pour une « mentor session ». L’occasion de faire le suivi de quelques campeurs qui bouclent leur séjour et de faire une intervention sur les business models. Eric Besson est venu rendre une visite à ma suite et a pris le temps d’interroger quelques startups sur leurs difficultés et l’intérêt du programme. Echange certes court, qui m’a semblé assez direct et franc.

Et donc le sujet de ma présentation et de la discussion qui s’en est suivie avec les campeurs était :

Les nouveaux business models du web : conception et pivots en phase startup, exemples et modes dangereuses (freemium, gamification, social platforms), stratégies de monétisation et retours d’expérience.

Read more

Marketing de l’innovation dans le logiciel libre

Ce matin je suis à la pépinière Marseille Innovation en train d’animer le petit déjeuner du réseau LIBERTIS, qui regroupe les acteurs du logiciel libre en PACA. Nous parlons de monétisation de l’innovation, de son positionnement concurrentiel, de la différence entre valeur ajoutée et spécifications produits, d’effet de halo sur des gammes de produits, etc. Comme toujours, voici la présentation que j’utilise en support (téléchargeable ici) :

Combien de whuffies pour merkapt ?

Je suis très loin d’avoir le nez sur le taux de fréquentation du site de l’agence. Stéphanie et moi y publions régulièrement des articles pour trois raisons :

  1. Aider notre processus de réflexion et de formalisation de nombreux concepts de notre activité de conseils et de formateurs ;
  2. Ajouter de la profondeur à des discussions IRL en revenant sur des idées échangées et en les détaillant ;
  3. Vous signaler parfois quelques évènements que nous estimons digne d’intérêt.

Et de loin, la raison 1. est la plus forte.

Read more

Innover les business models par la monétisation

Je participe depuis quelques mois à un travail collectif avec le réseau Entrepreneurs d’Avenir, sur une réflexion sur l’innovation des business models. On pourrait croire que je suis à l’origine de ce thème qui nous est cher dans l’agence, mais non, ce n’est pas (directement) le cas. Après plusieurs séances de travail, nous commençons à regrouper certaines des travaux que nous avons mené. Voici pour ma part quelques notes sur la monétisation. Un sujet toujours plus complexe que ce qu’il n’y parait :

Définition

La monétisation est l’ensemble des mécanismes par lesquels l’entreprise se rémunère de sa production de valeur ajoutée pour ses clients et renforce sa pérennité. La rémunération est économique, sociale, managériale et environnementale. Elle est générée dans des segments de temps plus ou moins longs. Le plus petit élément de rémunération définit la granularité de la monétisation.

Business Model

Selon la nature de l’entreprise, elle privilégiera naturellement une forme ou une autre de rémunération :

Innovations

Une première forme d’innovation est la capacité pour une entreprise de toute nature, de générer équitablement les quatre formes de rémunération, afin de maximiser sa pérennité. C’est l’exemple de la clinique indienne Aravind, qui parvient à être financièrement autonome en maîtrisant ses coûts de soins à l’extrème, en mobilisant ses équipes et l’environnement social autour de son programme de traitement pour les populations pauvres et en minimisant son impact environnemental par des plans de transports collectifs pour les patients. C’est aussi un travail qui est entrepris par des groupes de dirigeants, comme ceux du CJD et leur outil de « performance globale« .

Un autre exemple repose sur une dissociation réfléchie de la monétisation auprès de plusieurs clients. L’entreprise italienne Arduino c’est rendue célèbre il y a quelques années par son invention du concept de hardware open source. Cette TPE met à disposition de la communauté mondiale l’ensemble de ses schémas électroniques en open source et n’en tire aucune rémunération économique (ou très faible). Elle a construit en échange une renommée mondiale qui lui permet de travailler pour les plus gros industriels européens et de réaliser sa performance économique.

Une autre voie d’innovation trouve sa genèse dans le succès du micro-crédit conceptualisé par Muhammad YUNUS. Avec l’arrivée massive des téléphones mobiles partout dans le monde, plusieurs entreprises et startups commencent à réfléchir à de nouvelles formes d’usages pour mettre en oeuvre le micro-paiement en occident. Si Monéo a de ce point de vue été un échec historique, les fondateurs de Twitter viennent de lancer Square dont nous avons parlé il y a peu. Paypal avait déjà démontré la faisabilité du modèle en tant que « pure player » internet. En regroupant beaucoup de micro-transactions, l’entreprise réduit les coûts bancaires du traitement des opérations cartes bleues et peut se rémunérer à son tour.

De nombreuses autres entreprises se lancent dans cette course : Twitpay, Zong, Get Giving, Hub Culture… Le magazine Wired avait en février longuement exploré ces aventures.

Enfin une autre piste d’innovation par la monétisation est à chercher dans le système des LETS (Local Exchange System Trading) ou SEL (système d’échange local). Des voies alternatives de rémunérations entre fournisseurs et clients sont de plus en plus mises en oeuvre en B2B : une entreprise donne du temps de travail pour de la conception et du design en échange de temps de travail sur une chaîne de production.