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Un point sur l’enseignement de l’entrepreneuriat en Europe

Après avoir lu la revue scientifique « Entreprendre et Innover » de décembre 2011 intitulée « Eduquer à l’entrepreneuriat : défis et pratiques d’aujourd’hui », j’ai décidé d’en partager avec vous les points clés.

Une forte dynamique autour de l’entrepreneuriat

Cela fait plusieurs années que les institutions politiques, et éducatives réalisent l’importance de développer l’entrepreneuriat. L’union Européenne a même nommé « l’esprit d’entreprendre » comme 7 ème compétence clé dans l’éducation et la formation tout au long de la vie. Les initiatives d’accompagnement entrepreneurial se développent tout au long de la chaîne : l’étudiant-créateur, le chômeur-créateur, le créateur scientifique, l’entrepreneur à fort potentiel de développement, le repreneur etc. Cette dynamique est louable et encourageante, mais encore beaucoup de questions se posent sur l’entrepreneuriat : comment le favoriser et l’encourager ? Comment bien l’accompagner ? Et également comment l’enseigner ?

L’intention d’entreprendre et les compétences entrepreneuriales

Lorsque l’on aborde le sujet de l’enseignement entrepreneurial, il existe deux niveaux de réflexion. Tout d’abord comment stimule-t-on au sein d’une école ou université l’esprit d’entreprise ? Puis se pose la question de comment forme-t-on des étudiants à l’entrepreneuriat ? A la première question il est difficile de répondre, puisque c’est une question de culture. En France un étudiant choisissant un parcours entrepreneurial est considéré comme atypique. Les étudiants préferrant en règle générale une carrière dans une grande entreprise plutôt que de se risquer vers l’inconnu de l’aventure entrepreneuriale. De plus, en France il faut dire que culturellement l’échec est mal vu. L’intention d’entreprendre est affacté selon les chercheurs par 3 facteurs : une attitude favorable (goût du défi, autonomie, besoin d’accomplissement et de responsabilité), des normes sociales favorables (environnement culturel et familiale) et un sentiment d’auto-efficacité (confiance dans ses capacités à entreprendre). Les écoles et universités tentent donc de redresser ce problème culturel et donc de créer des normes sociales favorables par des initiatives de sensibilisation à l’entrepreneuriat, par des rapprochements entre mondes académique et économique. L’enseignement supérieur peut également adresser le potentiel manque d’auto-efficacité en aidant les étudiants à développer leurs compétences entrepreneuriales. Le défi étant de définir ces compétences et de trouver la pédagogie adaptée pour les développer.

Les expérimentations pédagogiques

En France et en Europe plusieurs écoles et universités se sont lancé depuis quelques années dans des expérimentations pédagogiques pour l’enseignement de l’entrepreneuriat. De ces expérimentations et des recherches menées autour de celles-ci ressortent les 4 pilliers suivant :

  • le besoin de responsabiliser les étudiants dans leur apprentissage, ils doivent rester actifs (fini les cours magistraux ?) et définir leurs besoins ;
  • l’apprentissage par l’expérience est clé, d’où l’apparition de projets-entreprise d’étudiants et d’incubateur d’école ;
  • l’apprentissage doit être collectif, en effet des équipes pluri-disciplinaires (ingénieurs et managers par exemple) donnent naissance à de beaux projets ;
  • et enfin l’apprentissage doit être réflexif, chaque expérience doit être une leçon, chaque échec doit être analysé.

Ce dernier point demande donc un accompagnement dans la réflexion plutôt qu’une transmission de connaissances, ce qui remet en question le rôle et les compétences de l’enseignant. Outre les savoirs, savoir-faire, et savoir-être habituellement enseignés, les écoles et universités doivent pouvoir aider les étudiants en entrepreneuriat à développer leur « savoir-agir ».

Les défis majeurs

Les innovations pédagogiques recommandées pour l’enseignement de l’entrepreneuriat ne sont pas toujours faciles à mettre en oeuvre. Deux défis majeurs doivent être surpassés : les normes et standards académiques du marché international de l’enseignement supérieur ainsi que la résistance au changement du corps enseignant.

Les écoles et universités ont une préoccupation majeure : leurs accrédiations et leur ranking. Les évaluateurs qui établissent ces normes et ces classements doivent utiliser des grilles standards pour pouvoir mesurer la performance des différentes écoles. Lorsque l’on introduit un programme ou une pédagogie atypique cela peut desservir l’école en terme de classement, la performance pédagogique ne rentrant pas forcément dans les boites standardisées.

Le deuxième défi est celui que peut rencontrer n’importe quelle entreprise qui souhaite introduire du changement dans ses processus, sa culture, son organisation : la résistance des employés. Des changements majeurs en terme de pédagogie peuvent remettre en question le rôle de l’enseignant mais aussi son portefeuille de compétences. Le monde académique a pour base la création de connaissance par la recherche et son transfert par l’enseignement. En ce qui concerne l’entrepreneuriat, le simple transfert de connaissance n’est pas suffisant, ce qui ouvre donc la question de qui peut enseigner l’entrepreneuriat ? Des professeurs ayant une passion pour la création d’entreprise ? Des chercheurs-entrepreneurs ? Des entrepreneurs-formateurs ? La clé étant ici un besoin d’un corps enseignant pluridisciplinaire (ce qui est rare) et multilingue (sachant parler théorie et pratique) et de partenariats avec le monde de l’entreprise (par des programmes de mentorat par exemple).

Le défi pédagogique est de taille mais si passionant (« Learning what cannot be taught »).